Édito

Des expériences singulières...

Suivre le texte d’un comédien au téléphone, dans les allées d’un centre commercial...
S’asseoir à l’arrière d’une voiture, à 6 heures du matin à l’orée d’un bois, pour un concert de musique concrète...
Observer, à 75 mètres des performeurs, entre chien et loup, devant une usine désaffectée, pour le spectacle d’un effacement lent et accepté de toute trace d’humanité...
Écouter la ville autrement, dans un caisson insonorisé, dans l’agitation d’un centre urbain...
Garder les yeux fermés, seul, dans une proximité troublante, lors d’une proposition chorégraphique...

Ici, le sentiment de vivre des expériences singulières est passionnant, excitant… Toutes ces écritures ne cessent d’interroger votre place de spectateur, modifiant votre façon d’appréhender, d’écouter, de regarder les créations programmées.
Les arts de la rue seraient ainsi devenus cet art de la relation, ce théâtre de l’expérience (pour le spectateur), bien différent du théâtre expérimental (qui concerne davantage l’artiste dans sa démarche de création).

C’est pourquoi le fait de jouer dans l’espace passant, dans la rue, ne plus suffit plus à définir les arts de la rue en 2010.
Pour le dire autrement, le Théâtre en plein air, de tréteaux a autant à voir avec les Arts de la rue, que le Music Hall avec le Théâtre... c’est-à-dire rien !
Les arts de la rue sont devenus une des formes esthétiques de la création, aimant se confronter à des lieux multiples (non pensés comme des lieux de diffusion) et dans lesquels se crée une relation complice et complexe avec vous.

En attendant de vous croiser sur cette seconde partie de saison où (ce n’est pas un hasard…) nombre de propositions jouent à bousculer les codes de la représentation... Venez donc tenter ces prochaines expériences !

Marion Vian & Philippe Saunier-Borrell, codirecteurs.

2011 ...

Bonne dégustation, Madame, Monsieur…

C’est promis, jusqu’en décembre, vous allez déguster... Nous n’allons plus vous lâcher, si vous le souhaitez…

Nous allons vous rencontrer, vous solliciter, vous inviter… Comme beaucoup d’habitants du Comminges, et des départements limitrophes, vous connaissez Pronomade(s), de nom, et vous en entendez parler… Mais… Evidemment, ce n’est pas pour vous, pensez-vous…

Pourrions-nous vous suggérer de commencer par y goûter, simplement, du bout des lèvres ?… Laissez-vous étonner par cette diversité des saveurs, des couleurs, des mots choisis, des mets retenus… Laissez-vous surprendre par une certaine différence… Vous verrez, il y a même un réel plaisir à s’y abandonner…

C’est ainsi que cela peut commencer… Vous pourrez, selon les soirs, être enthousiaste ou dérouté(e), sous le charme ou l’agacement, indifférent(e) ou emballé(e)… Et emballé, c’est pesé… Ensuite vous aimerez prendre ce risque (limité) de « perdre » une soirée où vous
serez totalement déconcerté(e). Mais cela sera toujours une soirée gagnée contre la banalisation du regard et de la pensée que nous imposent certains médias dominants et autoritaires.
Non, vous n’êtes pas une fille banale… Vous en souvenez-vous ?
Non, vous n’êtes pas un gars condamné à l’unicité de la
pensée satellitaire... Vous avez le droit de savourer la divergence de vues et d’engagements des artistes ;

Et l’appétit venant en mangeant, de la dégustation au repas complet, vous revendiquerez le besoin d’entendre la parole de ces femmes et ces hommes qui interrogent différemment le Monde qui nous entoure, ce Monde qu’on nous impose…

C’est à base de petites doses de pollen que nous œuvrons sur notre territoire, tant sur des zones hypersensibles jusqu’à l’allergie, que sur des espaces de résistance jusqu’à l’entêtement. Actions de sensibilisation ou programme de pollinisation du printemps, nous ne nous lassons pas de vous rencontrer, toujours et encore, et de vous travailler au corps et à l’imaginaire.

Par des projets visibles ou un travail de rumeur ;
Par des moments offerts et d’autres que nous construirons
ensemble ;
Par la communication institutionnelle ou le bouche à oreille ;
À la lumière des projecteurs ou sous celle d’une étoile ;
Nous tenterons de vous associer à toutes ces jolies dégustations, moments éphémères, où vous êtes notre invité(e)…
Là où vous nous attendez, dans le cadre de la saison ;
Là où vous ne nous attendez pas, dans le cadre de projets moins visibles ;
Là où…
Oui, nous serons bien là, là et là. Et vous ?

Marion Vian & Philippe Saunier-Borrell, codirecteurs.

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