Édito

Bonne dégustation, Madame, Monsieur…

C’est promis, jusqu’en décembre, vous allez déguster... Nous n’allons plus vous lâcher, si vous le souhaitez…

Nous allons vous rencontrer, vous solliciter, vous inviter… Comme beaucoup d’habitants du Comminges, et des départements limitrophes, vous connaissez Pronomade(s), de nom, et vous en entendez parler… Mais… Evidemment, ce n’est pas pour vous, pensez-vous…

Pourrions-nous vous suggérer de commencer par y goûter, simplement, du bout des lèvres ?… Laissez-vous étonner par cette diversité des saveurs, des couleurs, des mots choisis, des mets retenus… Laissez-vous surprendre par une certaine différence… Vous verrez, il y a même un réel plaisir à s’y abandonner…

C’est ainsi que cela peut commencer… Vous pourrez, selon les soirs, être enthousiaste ou dérouté(e), sous le charme ou l’agacement, indifférent(e) ou emballé(e)… Et emballé, c’est pesé… Ensuite vous aimerez prendre ce risque (limité) de « perdre » une soirée où vous
serez totalement déconcerté(e). Mais cela sera toujours une soirée gagnée contre la banalisation du regard et de la pensée que nous imposent certains médias dominants et autoritaires.
Non, vous n’êtes pas une fille banale… Vous en souvenez-vous ?
Non, vous n’êtes pas un gars condamné à l’unicité de la
pensée satellitaire... Vous avez le droit de savourer la divergence de vues et d’engagements des artistes ;

Et l’appétit venant en mangeant, de la dégustation au repas complet, vous revendiquerez le besoin d’entendre la parole de ces femmes et ces hommes qui interrogent différemment le Monde qui nous entoure, ce Monde qu’on nous impose…

C’est à base de petites doses de pollen que nous œuvrons sur notre territoire, tant sur des zones hypersensibles jusqu’à l’allergie, que sur des espaces de résistance jusqu’à l’entêtement. Actions de sensibilisation ou programme de pollinisation du printemps, nous ne nous lassons pas de vous rencontrer, toujours et encore, et de vous travailler au corps et à l’imaginaire.

Par des projets visibles ou un travail de rumeur ;
Par des moments offerts et d’autres que nous construirons
ensemble ;
Par la communication institutionnelle ou le bouche à oreille ;
À la lumière des projecteurs ou sous celle d’une étoile ;
Nous tenterons de vous associer à toutes ces jolies dégustations, moments éphémères, où vous êtes notre invité(e)…
Là où vous nous attendez, dans le cadre de la saison ;
Là où vous ne nous attendez pas, dans le cadre de projets moins visibles ;
Là où…
Oui, nous serons bien là, là et là. Et vous ?

Marion Vian & Philippe Saunier-Borrell, codirecteurs.

2012 ...

On se dit...

« Rendre à l’art la simplicité de ne pas l’être ». Cette phrase, ode à la culture du graff lue sur un mur parisien, résume à elle seule l’aspiration de Pronomade(s) : simplifier l’accès aux propositions artistiques, par essence complexes.

C’est ainsi que nous accueillons des formes généreuses et populaires, comme ce western grandeur nature de Royal de Luxe ou encore le cabaret déjanté des 26 000 couverts, à côté de propositions présumées plus difficiles d’accès
comme les trois radiographies sensibles de villes du Groupe Berlin ou encore l’installation de Tricyclique Dol dans le paysage de Carbonne ; c’est ainsi que nous continuons à passer des commandes de parcours à des duos d’artistes,
révélateurs des paysages géographiques, politiques, humains ; c’est ainsi que tous ces rendez-vous que nous vous donnons ne sont pas le florilège des meilleurs spectacles vus ces derniers mois mais le résultat d’un équilibre et d’une rencontre, entre un projet artistique et culturel et un territoire.

Cette ambition réunit l’ensemble des partenaires publics – DRAC Midi-Pyrénées, Région Midi-Pyrénées et Conseil général de la Haute-Garonne – qui se retrouveront à l’automne pour signer, avec nous, une nouvelle convention quadriennale de Centre national des arts de la rue. Nous partageons ce label avec 9 autres lieux en France. Regroupés au sein d’un réseau de réflexion et de propositions, nous œuvrons, de concert avec d’autres professionnels, à la reconnaissance de ce secteur et (surtout aujourd’hui) de ses mutations et revendiquons des moyens à la hauteur des enjeux (le budget alloué par l’État aux 10 centres nationaux ne représente que 0.4 % du budget du spectacle vivant !).

Loin des formes sympathiques d’animation éphémère de centres urbains en mal de vivre (ensemble), les arts de la rue que Pronomade(s) accompagne et défend relèvent aujourd’hui moins du théâtre en plein air que de l’art contextuel, profondément enraciné dans l’universel humain, inscrit dans une réalité pour mieux la détourner, impliquant les gens qui y vivent et la vivent.

À l’heure où les grandes fêtes populaires urbaines ont supplanté les festivals dédiés à la création contemporaine ;
À l’heure où la technique de l’appel d’offre (sans cesse renouvelé) se généralise au détriment d’une véritable politique de projets au long cours ;
À l’heure où la métropolisation galopante pourrait modifier des équilibres territoriaux dessinés ces dernières décennies ;

On se dit qu’il est nécessaire de réinventer...

À l’heure où de nouveaux choix se prennent dans les orientations politiques de notre pays, sur les conditions de la transmission des savoirs, sur la place de l’École de la République et sur sa capacité à redonner un sens critique à chacun, condition d’une citoyenneté assumée ;
À l’heure où, en écho, de nouvelles formes de l’éducation populaire émergent ici et là, réinterrogeant les conditions d’accès à une culture partagée et généreuse, et dans lesquelles les arts de la rue / arts publics ont un rôle légitime à jouer ;
À l’heure où nos préoccupations doivent interroger la place des habitants et les habitants en place ;

On se dit que nous devons oser l’essentiel... donner du sens.

Marion Vian et Philippe Saunier-Borrell, codirecteurs

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