Édito

On se dit...

« Rendre à l’art la simplicité de ne pas l’être ». Cette phrase, ode à la culture du graff lue sur un mur parisien, résume à elle seule l’aspiration de Pronomade(s) : simplifier l’accès aux propositions artistiques, par essence complexes.

C’est ainsi que nous accueillons des formes généreuses et populaires, comme ce western grandeur nature de Royal de Luxe ou encore le cabaret déjanté des 26 000 couverts, à côté de propositions présumées plus difficiles d’accès
comme les trois radiographies sensibles de villes du Groupe Berlin ou encore l’installation de Tricyclique Dol dans le paysage de Carbonne ; c’est ainsi que nous continuons à passer des commandes de parcours à des duos d’artistes,
révélateurs des paysages géographiques, politiques, humains ; c’est ainsi que tous ces rendez-vous que nous vous donnons ne sont pas le florilège des meilleurs spectacles vus ces derniers mois mais le résultat d’un équilibre et d’une rencontre, entre un projet artistique et culturel et un territoire.

Cette ambition réunit l’ensemble des partenaires publics – DRAC Midi-Pyrénées, Région Midi-Pyrénées et Conseil général de la Haute-Garonne – qui se retrouveront à l’automne pour signer, avec nous, une nouvelle convention quadriennale de Centre national des arts de la rue. Nous partageons ce label avec 9 autres lieux en France. Regroupés au sein d’un réseau de réflexion et de propositions, nous œuvrons, de concert avec d’autres professionnels, à la reconnaissance de ce secteur et (surtout aujourd’hui) de ses mutations et revendiquons des moyens à la hauteur des enjeux (le budget alloué par l’État aux 10 centres nationaux ne représente que 0.4 % du budget du spectacle vivant !).

Loin des formes sympathiques d’animation éphémère de centres urbains en mal de vivre (ensemble), les arts de la rue que Pronomade(s) accompagne et défend relèvent aujourd’hui moins du théâtre en plein air que de l’art contextuel, profondément enraciné dans l’universel humain, inscrit dans une réalité pour mieux la détourner, impliquant les gens qui y vivent et la vivent.

À l’heure où les grandes fêtes populaires urbaines ont supplanté les festivals dédiés à la création contemporaine ;
À l’heure où la technique de l’appel d’offre (sans cesse renouvelé) se généralise au détriment d’une véritable politique de projets au long cours ;
À l’heure où la métropolisation galopante pourrait modifier des équilibres territoriaux dessinés ces dernières décennies ;

On se dit qu’il est nécessaire de réinventer...

À l’heure où de nouveaux choix se prennent dans les orientations politiques de notre pays, sur les conditions de la transmission des savoirs, sur la place de l’École de la République et sur sa capacité à redonner un sens critique à chacun, condition d’une citoyenneté assumée ;
À l’heure où, en écho, de nouvelles formes de l’éducation populaire émergent ici et là, réinterrogeant les conditions d’accès à une culture partagée et généreuse, et dans lesquelles les arts de la rue / arts publics ont un rôle légitime à jouer ;
À l’heure où nos préoccupations doivent interroger la place des habitants et les habitants en place ;

On se dit que nous devons oser l’essentiel... donner du sens.

Marion Vian et Philippe Saunier-Borrell, codirecteurs

2013 ...

Des vaches ?

On le sent bien… Tout se resserre, se recentre, se regroupe… La métropolisation de la pensée, dont certaines justifications sont facilitées par la crise économique, est en marche depuis longtemps et ses premiers effets commencent à se faire sentir… La France aura ses grandes métropoles : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes et bien sûr… Toulouse.

Ainsi se dessine le territoire européen, à partir de ces méga-communautés urbaines, locomotives économiques, industrielles, universitaires indispensables… Mais n’oublions pas d’accrocher tous les wagons et soyons vigilants à ce que personne ne reste à quai… De très nombreuses familles, des jeunes, des agriculteurs, des lycéens, des ouvriers, des retraités, des personnes sans emploi, des commerçants… vivent à l’extérieur de ces nécessaires agglomérations, dans de petites villes ou Communautés de communes rurales, et craignent de devoir, bientôt, simplement regarder passer les trains… Mais nous ne sommes pas des vaches !

Car la vie existe sur ces territoires ruraux, par définition moins peuplés au km2 que les villes et à qui il est promis une représentation politique moindre dans les réformes de l’action publique, Acte III de la décentralisation. Car la vie continue, évolue et devra y être accompagnée comme c’est le cas aujourd’hui, heureusement et nécessairement.

Il en va de la solidarité et de l’égalité des territoires dans notre République, tant dans les domaines de la santé publique (heureuse annonce récente pour l’Hôpital de Saint Gaudens), de la justice (espoirs revenus pour le Tribunal correctionnel dans le Comminges), de l’enseignement public que - bien sûr - dans celui de la Culture.

Élément indispensable du vivre ensemble et de la cohésion sociale, les politiques culturelles sont d’autant plus nécessaires que nous sommes en période de crise. Aujourd’hui, le Ministère de la Culture, la Région Midi-Pyrénées et le Département de la Haute-Garonne en ont totalement conscience, et c’est pour cette raison même qu’ils soutiennent, avec détermination, un Centre national des arts de la rue dans le Comminges.

C’est pour cette raison-là que les 3 seules Scènes nationales en Midi-Pyrénées sont à Albi, Foix et Tarbes. C’est pour cette raison-là que le Pôle national des arts du cirque est dans le Gers, à Auch. Tous ces établissements doivent exister et se développer, non pas en opposition à Toulouse, mais en liaison, complémentarité et complicité avec les établissements culturels de l’agglomération que sont l’Usine à Tournefeuille, la Grainerie à Balma, le TNT ou le Théâtre Garonne à Toulouse…
Souhaitons que face à l’accélération de la métropolisation des politiques publiques, ces choix ne soient pas bouleversés et que nous puissions continuer à :

  • Faire du cirque contemporain à Aspet, dans le collège et les écoles environnantes
  • Découvrir l’évolution de la danse dans l’espace public à Saint Gaudens
  • Écouter le Surnatural Orchestra dans le site exceptionnel de Bonnefont
  • Boire les paroles de Sébastien Barrier sur le vin naturel à Carbonne
  • Accueillir l’excellent “Livret de famille” des Arts Oseurs (découverte du festival de Chalon dans la rue 2012) à Rieux Volvestre
  • Inventer avec les habitants et les associations locales des balades avec des artistes dans le paysage du Haut Comminges
  • Écrire le 4ème volet de “Des rives, la nuit” entre Aurignac et Alan
  • Et redécouvrir avec ildi !eldi les “Parapluies de Cherbourg” au cinéma de L’Isle en Dodon !

Alors même si l’invitée d’honneur du salon de l’agriculture à Paris a été Valentine, une belle Gasconne élevée à Soueich (et on n’est pas peu fiers, car nos premiers bureaux étaient dans la mairie de ce village !), on ne peut se satisfaire d’une douce image d’Épinal… et du Comminges ! Nos territoires hors agglo sont plus complexes, plus variés et c’est vachement bien !

Marion Vian et Philippe Saunier-Borrell, codirecteurs

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