Édito

Des vaches ?

On le sent bien… Tout se resserre, se recentre, se regroupe… La métropolisation de la pensée, dont certaines justifications sont facilitées par la crise économique, est en marche depuis longtemps et ses premiers effets commencent à se faire sentir… La France aura ses grandes métropoles : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Nantes et bien sûr… Toulouse.

Ainsi se dessine le territoire européen, à partir de ces méga-communautés urbaines, locomotives économiques, industrielles, universitaires indispensables… Mais n’oublions pas d’accrocher tous les wagons et soyons vigilants à ce que personne ne reste à quai… De très nombreuses familles, des jeunes, des agriculteurs, des lycéens, des ouvriers, des retraités, des personnes sans emploi, des commerçants… vivent à l’extérieur de ces nécessaires agglomérations, dans de petites villes ou Communautés de communes rurales, et craignent de devoir, bientôt, simplement regarder passer les trains… Mais nous ne sommes pas des vaches !

Car la vie existe sur ces territoires ruraux, par définition moins peuplés au km2 que les villes et à qui il est promis une représentation politique moindre dans les réformes de l’action publique, Acte III de la décentralisation. Car la vie continue, évolue et devra y être accompagnée comme c’est le cas aujourd’hui, heureusement et nécessairement.

Il en va de la solidarité et de l’égalité des territoires dans notre République, tant dans les domaines de la santé publique (heureuse annonce récente pour l’Hôpital de Saint Gaudens), de la justice (espoirs revenus pour le Tribunal correctionnel dans le Comminges), de l’enseignement public que - bien sûr - dans celui de la Culture.

Élément indispensable du vivre ensemble et de la cohésion sociale, les politiques culturelles sont d’autant plus nécessaires que nous sommes en période de crise. Aujourd’hui, le Ministère de la Culture, la Région Midi-Pyrénées et le Département de la Haute-Garonne en ont totalement conscience, et c’est pour cette raison même qu’ils soutiennent, avec détermination, un Centre national des arts de la rue dans le Comminges.

C’est pour cette raison-là que les 3 seules Scènes nationales en Midi-Pyrénées sont à Albi, Foix et Tarbes. C’est pour cette raison-là que le Pôle national des arts du cirque est dans le Gers, à Auch. Tous ces établissements doivent exister et se développer, non pas en opposition à Toulouse, mais en liaison, complémentarité et complicité avec les établissements culturels de l’agglomération que sont l’Usine à Tournefeuille, la Grainerie à Balma, le TNT ou le Théâtre Garonne à Toulouse…
Souhaitons que face à l’accélération de la métropolisation des politiques publiques, ces choix ne soient pas bouleversés et que nous puissions continuer à :

  • Faire du cirque contemporain à Aspet, dans le collège et les écoles environnantes
  • Découvrir l’évolution de la danse dans l’espace public à Saint Gaudens
  • Écouter le Surnatural Orchestra dans le site exceptionnel de Bonnefont
  • Boire les paroles de Sébastien Barrier sur le vin naturel à Carbonne
  • Accueillir l’excellent “Livret de famille” des Arts Oseurs (découverte du festival de Chalon dans la rue 2012) à Rieux Volvestre
  • Inventer avec les habitants et les associations locales des balades avec des artistes dans le paysage du Haut Comminges
  • Écrire le 4ème volet de “Des rives, la nuit” entre Aurignac et Alan
  • Et redécouvrir avec ildi !eldi les “Parapluies de Cherbourg” au cinéma de L’Isle en Dodon !

Alors même si l’invitée d’honneur du salon de l’agriculture à Paris a été Valentine, une belle Gasconne élevée à Soueich (et on n’est pas peu fiers, car nos premiers bureaux étaient dans la mairie de ce village !), on ne peut se satisfaire d’une douce image d’Épinal… et du Comminges ! Nos territoires hors agglo sont plus complexes, plus variés et c’est vachement bien !

Marion Vian et Philippe Saunier-Borrell, codirecteurs

2014 ...

Une colère juste

En 2014, écrire un édito fin-juin, écrire un édito que vous ne lirez que fin août… est une gageure !
Entre-temps, l’été des festivals aura eu lieu… ou pas.
Il nous est impossible en ce début d’été de faire des développements sur deux pages évoquant la force, la pertinence ou l’évolution de l’art dans l’espace public. Impossible.
Le cœur n’est pas là. Le cœur n’est plus là.

Comment ne pas exprimer notre inquiétude face à l’agrément donné par le Ministère du travail à cette nouvelle convention UNEDIC... Si la forme l’obligeait à signer (respect affirmé de la gestion paritaire de l’UNEDIC et de l’apparence formelle d’accords majoritaires), les choix politiques d’un gouvernement de gauche pourraient être autres...
Car le mouvement des professionnels de l’art et du monde de la culture n’est pas l’expression d’un quelconque corporatisme. Quand le chômage touche des millions de personnes, comment est-il encore possible que les règles de son indemnisation soient dictées dans les locaux du Medef, sans aucun contrôle démocratique direct ?
Réaffirmons notre attente d’une Démocratie en action, qui prendrait en compte - notamment - les études menées par le « Comité de suivi de l’intermittence », qui, depuis 2003, travaille auprès de l’Assemblée Nationale réunissant professionnels, universitaires et députés de gauche et de droite.

Nous ne sommes plus à l’époque où les contrats de travail étaient naturellement des CDI. Aujourd’hui, les 2/3 des emplois signés sont des CCD. Autant de salariés précaires qui pourraient regarder avec envie le régime d’indemnisation du chômage du monde du spectacle... Régime longtemps soutenu par les patrons de l’industrie du cinéma, de l’audiovisuel et des loisirs pour les avantages que cette flexibilité de l’emploi, ainsi financée, leur apportait...

Or aujourd’hui, il y a dans la gestion des « intérimaires » du spectacle des droits acquis, des protections sociales qui pourraient servir de socle à la réflexion pour une approche plus sociale, éthique et équitable, « transférable » à tous les travailleurs précaires. Voilà un choix politique que nous pourrions aussi attendre de ce gouvernement, justement en période de crise...

Ceci n’expliquerait-il pas l’acharnement du MEDEF sur ces fameuses annexes 8 et 10 qui pourraient donner des idées à bien d’autres salariés ?...
Ainsi, les professionnels des secteurs artistiques et culturels n’expriment pas là juste une colère, ils disent là une colère juste. Car dans les suites que donnera le pouvoir exécutif à cette crise, nous mesurerons l’ambition réelle qu’il a non seulement pour la Culture, mais aussi pour notre société.

Alors les festivals auront-ils eu lieu ? Nous l’espérons, non seulement pour découvrir ce que les artistes disent de l’état du monde, connaître leurs utopies et leurs colères, mais surtout pour connaître, en réponse, ce que cette majorité en place a à nous dire du Monde en l’état et de ses propres utopies.

Marion Vian et Philippe Saunier-Borrell, codirecteurs.

© pronomades 2016